Des animaux

Ces jours-ci paraissent deux revues dans lesquelles je publie un texte où il est question, hasard de l’existence, d’animaux.
Dans l’excellente revue militante Véganes, je dresse un portrait de notre chatte Penny Lane, au cœur d’un dossier sur les animaux domestiques (et au milieu de plein d’articles et d’auteurs.trices passionnant.e.s – je ne suis que fierté). La revue est née à Montréal mais elle est désormais aussi éditée en France par La plage. On pourra commander le nouveau numéro ici dès le 19 octobre.
Pour la revue littéraire La moitié du fourbi, j’ai écrit un texte sur les animaux moches et sur les réflexions et découvertes qui m’ont occupée durant l’écriture de mon prochain roman jeunesse à paraître. On y trouve aussi notamment une réflexion très intéressante et très drôle d’Anthony Poiraudeau sur – tiens donc – les animaux domestiques.

22384421_10159386426025332_7507819991148393473_o

La petite vie magique des livres

J’ai acheté d’occasion un exemplaire de La barbe à papa de Joe David Brown, traduction française parue en 1973 de Addie Pray, le livre duquel à été tiré le formidable et merveilleux film Paper Moon de Peter Bogdanovitch.

J’ai reçu un service de presse jamais ouvert de 1973 (le livre n’a manifestement pas été réédité ensuite), et d’une certaine manière, ça me donne l’impression que c’est à moi qu’il a été envoyé par l’attachée de presse. Alors chère Raymond Leroux, sachez que le livre aura mis 44 ans à trouver un lecteur, mais il l’aura trouvé.

2017-08-28 15.17.44

Dialogues

Quand j’ai commencé à écrire, adolescente, je détestais les dialogues, je ne savais pas écrire des dialogues, j’étais vraiment nulle en dialogues, je n’étais à vrai dire pas très loin du « – Bonjour ! – Bonjour ! – Ça va ? – Ça va et toi ? » de certains collégiens que je fais écrire maintenant, alors je n’écrivais presque pas de dialogues. Le minimum nécessaire. Jusqu’à il y a peu, j’ai même orienté toute mon écriture en fonction de ça, je racontais des histoires très introspectives où il ne se passait rien et je mettais en scène des personnages très seuls. Mon complexe a duré longtemps : mes trois premiers livres mettent encore en scène des personnages solitaires, qui n’ont pas ou peu d’amis.

Et puis j’ai découvert le scénariste Aaron Sorkin, j’ai regardé ses films et ses séries. Je les ai même regardées plusieurs fois, je les ai écoutées, décortiquées, j’ai lu des interviews (en ce moment, je regarde sa masterclass) et j’ai soudain compris plein de choses sur les dialogues. J’ai appris à écrire des dialogues comme de la musique, j’ai appris à mélanger plusieurs conversations en une, à ne pas toujours répondre aux questions que posent les personnages (ou alors à côté, ou plus tard), et à chercher à me surprendre moi-même.

Maintenant, j’écris des livres truffés de dialogues et je me régale à le faire. Je viens de terminer un roman pour enfants avec un groupe de quatre personnages – chose que je n’aurais jamais imaginée faire il y a à peine quelques années – , et je commence un texte pour adolescents qui met en scène un binôme.

C’est étonnant comment nos incapacités dictent ce que nous écrivons, ce que nous faisons. J’écrivais peu de dialogues parce que je ne sais pas parler, je mettais en scène des personnages solitaires car je suis solitaire et peu douée pour les relations sociales, Je croyais qu’on ne pouvait écrire que ce qu’on savait être, mais j’ai compris que ne pas savoir parler ne faisait pas forcément de nous de mauvais dialoguistes. Surtout, j’ai compris que l’écriture, ce n’était pas tenter de se mettre à la hauteur de la médiocrité de la vie réelle (et de nos discussions de la vie réelle), mais c’était la transcender, donner à la vie réelle des objectifs et de l’ambition.

Atelier d’écriture

Durant tout le printemps 2017, j’ai animé des ateliers d’écriture sur plusieurs séances dans quatre villes et villages de la Loire-Atlantique. C’était chaque fois de belles expériences, toujours différentes et toujours surprenantes. C’est ce qui me plaît le plus dans l’animation d’ateliers. On croit savoir où on va, où on veut emmener les élèves, et on se fait chaque fois dépasser : c’est parfois époustouflant, parfois plus difficile mais il y a toujours de la surprise. Un des plus grands plaisirs, sans doute, c’est de réussir à emmener dans son sillage ceux qui disent ne pas aimer écrire ou n’avoir pas d’imagination.

Parmi ces atelier, une classe de sixième et leurs professeures avaient envie de travailler à partir de mon livre illustré publié chez Monstrograph, Petite encyclopédie des introvertis. J’étais très heureuse de ce choix parce que c’est un livre auquel j’ai un attachement tout particulier. J’ai donc proposé aux élèves de réaliser leur « petite encyclopédie » à eux, en textes et en images, en partant chacun d’un trait de caractère qui les représente. Et j’ai été épatée par leur humour, leur inventivité et leur autodérision.

Lecture musicale surprise

Je suis hyper à la bourre parce que ça date déjà d’avril dernier, mais à l’occasion de la fête du livre de Villeurbanne, j’ai rencontré une classe de quatrième qui m’a préparé une sacrée surprise. Avec la complicité de leur prof de musique, ils ont créé une lecture musicale du livre Monstrograph que nous avons co-écrit et co-illustré avec Martin Page : N’essayez pas de changer, le monde restera toujours votre ennemi. C’est déjà chouette quand des prof-docs s’emparent de ces étranges livres-là (ça m’est aussi arrivé pour un atelier d’écriture, j’en parlerai juste après), mais quand ils donnent lieu à ce genre de projet, c’est vraiment fort et émouvant. Avec leur accord, je partage l’enregistrement. La lecture est réalisée par les élèves de la classe de 4e4 (année 2016/2017) du collège Jean Macé à Villeurbanne. Ils sont accompagnés au piano par leur professeur de musique, Sébastien Rubellin.

Création d’une histoire sonore dans une crèche

Il y a quelques temps, Stéréolux a proposé à Martin Page et moi-même de faire une résidence de quelques jours dans un crèche pour monter un projet autour du livre, de la musique et du numérique. On a donc imaginé la création et l’enregistrement d’une lecture sonore avec les enfants.
Au début du mois de juillet, nous avons passé quelques jours en immersion dans le multi-accueil Chlorophylle à Nantes pour enregistrer les enfants. Ils ont joué de la musique et réalisé des bruitages (avec des instruments et des percussions, mais aussi avec ce qu’on avait sous la main), ils ont chanté, poussé de fantastiques cris d’animaux. Les plus grands ont aussi dit des mots ou des phrases que nous avons ajoutées au montage.
Nous avons démarré la résidence avec seulement une idée vague de ce que nous allions écrire, et nous avons écrit l’histoire en fonction de ce que nous enregistrions. Elle s’est donc enrichie au fur et à mesure des idées et de la spontanéité des enfants.

Comme nous avons réalisé les enregistrements « en situation » (dans les salles communes de la crèche), le son n’est pas parfaitement propre. Il y a forcément des bruits de fond et des parasites. Pour nous, c’était une sacrée expérience, – le marathon était épuisant – mais aussi réjouissante et touchante.

L’histoire est racontée par Martin, co-écrite par nous deux, bruitée par les enfants du multi-accueil Chlorophylle à Nantes, habillée musicalement par moi, et s’appelle donc La disparition des animaux.

Histoires connectées

Ma résidence avec l’association Electroni[k] et Stereolux s’est terminée jeudi dernier. Le projet mené avec les 2 classes de CM1/CM2 de l’école Trégain à Rennes et le CE1 de l’école Lucie Aubrac à Nantes a vu le jour : le site Histoires Connectées est là.

histoires connectees

On peut y écouter les 54 histoires qui ont été écrites, lues, enregistrées, sonorisées, montées et illustrées par les enfants eux-mêmes (ainsi que par quelques autres classes qui ont eu envie de jouer le jeu). Ces histoires étant toutes reliées entre elles par un personnage ou un lieu en commun, l’écoute se fait selon la combinaison personnage principal-lieu-personnage secondaire choisie par l’auditeur.

C’était une sacrée aventure, la première fois que je menais un projet aussi conséquent et avec autant d’enfants. Ça a été un travail de longue haleine pour tout le monde, tant pour l’écriture que pour la sonorisation ou la mise en forme finale, mais on y est arrivés et je ne suis pas peu fière du résultat.

Une belle vidéo réalisée par Vincent Cadoret présente la résidence. Des photos sont également visibles ici.

(Le site internet a été réalisé par Quentin Quéro et Antoine Pyr, deux étudiants de l’école Epitech.)

Actualité en transit

Ce matin dans le hall de la gare, un adolescent pianote un morceau qui donne des airs de fin de film aigre-douce à la gare. La première des huit semaines que je vais essentiellement passer à faire des rencontres, animer des ateliers d’écriture et prendre des trains se termine tout juste. C’est épuisant mais aussi passionnant.

Quand je fais des rencontres, si je ne suis pas à l’aise pour aborder les sujets d’actualité frontalement avec les enfants, j’essaie de glisser des messages politiques, des encouragements. Je ne veux pas être une VRP de la littérature jeunesse. Je ne veux pas être la vitrine des livres, l’auteure jeunesse vivante émissaire de l’éducation nationale qui vient faire la promotion de la lecture institutionnelle. Alors je raconte des anecdotes, je parle des livres écrits mais refusés, je leur demande leur avis, je parle argent, je parle du monde littéraire, je réponds à des questions qu’il n’ont pas posées, je parle de livres qui disent des choses importantes, je les encourage à poser les questions que certains profs jugent incorrectes. Je veux qu’il y ait un partage. J’aime qu’ils me contredisent, qu’ils soient spontanés, qu’ils posent des questions très précises ou très techniques. Je vois qu’ils réfléchissent beaucoup. Il y en a qui écrivent aussi. Ils ont aussi souvent de très bons profs, curieux, dynamiques, présents et concernés, et qui leur font parfois faire des trucs épatants. J’espère que ces enfants et ces adolescents sortent parfois de nos rencontres avec de l’énergie et l’envie de changer le monde comme ils me donnent de l’énergie et l’envie de changer le monde.

En ce moment je passe à la maison en coup de vent, et je suis l’actualité en transit, en regardant chaque jour les mêmes unes de magazines dans les kiosques des gares en attendant mon train, n’ouvrant que ceux qui ne parlent pas des élections (elles sont déjà bien assez présentes dans mon esprit). Je me sens ailleurs, pas très ancrée dans le monde, mais pourtant le corps et l’esprit habités par une petite angoisse sourde qui ne me quitte pas depuis deux semaines.

Je pense à dimanche. Je comprends ceux qui vont voter et ceux qui ne le feront pas. J’irai voter, le coeur lourd. Pas envie de donner de la légitimé à quelqu’un qui a pour ambition de saccager la protection sociale française. Mais depuis des jours, je lis en silence – je ne commente presque jamais, les mots me manquent et il y a déjà bien assez de monde qui dit bien assez de choses – sur Facebook, sur des blogs, des textes écrits par des membres de la communauté LGBT, des étrangers, des musulmans, des noirs, par ceux dont la liberté est beaucoup plus directement menacée que la mienne (je suis privilégiée : la seule « minorité » dont je fasse partie c’est les femmes). Alors je voterai, un peu pour moi, beaucoup pour eux.

C’est tentant de se dire que si le Front National était au pouvoir, au moins il y aurait enfin de la révolte, une vraie révolution, un soulèvement populaire sans précédent. On se battrait, on renverserait le gouvernement. Mais peut-être aussi que ça n’arriverait pas. Peut-être qu’on se laisserait faire doucement, qu’on continuerait simplement à glisser. Après tout, on continue à élire les dominants, à admirer les muscles et le charisme, les diplômes et la puissance, le virilisme, à rester piégés dans ce à quoi on nous a éduqués. Alors je ne peux pas prendre ce risque.

Je culpabilise souvent de ne pas être plus active pour les autres, de ne pas réussir à trouver le temps, ou les mots. Alors peut-être est-ce pour compenser, pour agir malgré tout que je me mets à écrire des livres de plus en plus politique. Il y a de la révolte, des manifestations, de la lutte des classes, du féminisme et de l’antispécisme, dans tous les textes que je suis en train d’écrire. Je ne suis pas très douée pour l’action alors je fais ce que je peux avec mes toutes petites armes d’écrivaine.

2017-05-02 16.45.24

L’oiseau silence

À l’occasion du festival Tandem, nous avons créé avec l’illustrateur Loïc Froissart, une lecture dessinée et bruitée intitulée L’oiseau silence. C’était notre toute première représentation et on a hâte de la jouer ailleurs.

L’oiseau Silence raconte l’histoire de Céleste, une petite merlette qui ne parle pas la même langue que les autres oiseaux. Elle possède un langage bien à elle, un langage secret que personne ne comprend, et qu’elle est malgré tout résolue à partager avec d’autres oiseaux. Un petit extrait ci-dessous.