Radiohead

Hier après-midi, alors que je passais la journée à Paris, j’ai cassé mes lunettes. Ça ne m’était bêtement jamais arrivée. L’impression d’être tout à coup handicapée : se déplacer dans la ville et le métro n’a plus rien de naturel, même si le trajet jusqu’à la gare Montparnasse m’est devenu, en trois ans, très familier. Le monde semble à la fois très hostile et plus doux, comme si la myopie était réciproque : puisque je ne discerne plus vraiment le monde, il me semble être moi aussi devenue invisible.

Ne pouvant plus espérer travailler, lire ou regarder un film dans le train du retour, j’ai été prise de l’envie de retrouver une vieille habitude, plus pratiquée depuis que j’ai quitté Paris et le métro : écouter de la musique en me déplaçant. Bien sûr, je travaille presque toujours en musique, mais j’ai perdu cette habitude de me promener avec un baladeur. Écouter de la musique dans la ville, dans le monde, c’est comme mettre un bande originale sur son quotidien.

Il y a cette très belle scène dans le film New York Melodies (une comédie romantique musicale, souvent un peu prévisible, mais parfaitement douce et acidulée comme un bonbon Arlequin) où les deux héros partagent un écouteur et se retrouvent à danser dans une boîte de nuit au milieu des fêtards, sur la musique qu’ils sont seuls à entendre.

J’ai acheté une paire d’écouteurs, fouillé dans la courte bibliothèque de mon ipad et me suis replongée 11 ans en arrière dans l’enregistrement du live acoustique de Radiohead pour la dernière de Music Planet2nite. Le groupe culte de mon adolescence dans l’une de mes émission musicales fondatrices : c’était un événement majeur (que je dois encore avoir sur cassette vidéo dans ma chambre d’ado).

Je dois quelques belles découvertes musicales à cette émission : Ray Cokes était excellent et la programmation qui convoquait (et faisait parfois se rencontrer) les nineties et le début des années 2000 était époustouflante.

J’ai retrouvé avec bonheur et nostalgie la musique de Radiohead (époque Amnesiac / Hail to the Thief) : sombre, douce, complètement familière et profondément mélancolique. Il n’y a pas beaucoup de musiques qui m’évoquent autant de sensations que celle-ci.

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