Le livre-montagne

La première version du roman est terminée depuis plus d’un mois. Je l’ai relu et corrigé, je l’ai fait relire à mon cher et tendre premier lecteur. Le livre a trouvé son centre de gravité, il tient à peu près debout même si ses vêtements ne sont pas encore vraiment ajustés. Mais Il est là, bien au chaud dans mon ordinateur, avec son histoire, sa langue, ses personnages que je chéris, son titre, son point final, son exergue, et ses 240 000 signes. C’est le plus long texte que j’ai jamais écrit – je ne suis pas une marathonienne, j’aime les livres courts et incisifs, les livres dont la densité est inversement proportionnelle à leur épaisseur, les livres qui n’exigent pas que je leur consacre des dizaines d’heures mais qui m’habitent pourtant longtemps après les avoir quittés, ce sont les livres que j’aime lire et ceux que j’essaie d’écrire – ce qui le rend d’autant plus impressionnant, avec sa longue et vaste liste de ce que je dois changer / améliorer / ajouter / réorganiser.

Alors depuis tout ce temps, il décante, il hiberne. Parce que comme à chaque fois, l’idée même de l’ouvrir à nouveau me fait l’effet décourageant d’une montagne à gravir, si abrupte et si haute qu’on n’en voit pas le sommet. Je sais pourtant que c’est seulement un reflet, je sais qu’en réalité il ne s’agit pas de grimper mais de plonger : une fois qu’on a sauté, il n’y a plus qu’à se laisser porter par le courant de l’eau et le livre se transforme presque tout seul. Mais j’ai beau le savoir, la peur est quand même là.

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