Précaires, précaires

Hier matin, coup de fil d’une agence de communication qui s’occupe de la régie pub d’un magazine quelconque. Proposition d’écrire une dizaine de publi-rédactionnels (urgents, bien sûr), pour un tarif ridicule, justifié par cette formule admirable : « on a des tarifs un peu bas, mais on compense en donnant régulièrement des quantités importantes de travail ». Quand je leur ai dit que leurs tarifs étaient au moins trois fois inférieurs au tarif moyen (entendre de base) de ce genre de travail, on m’a répondu « je sais », naturellement, sans même la manifestation d’un remord ou d’un doute.  Malheureusement, cela n’a rien d’un cas isolé. Au contraire : cela vous surprendra peut-être, madame l’agence de communication, mais vous êtes si nombreux, a bien vouloir, comme une faveur que vous nous faites, nous payer peu pour que l’on travaille beaucoup.

C’est honteux et c’est ce qui est entrain de se passer un peu partout, et (pour ce que je connais), chez les dessinateurs, illustrateurs, écrivains, rédacteurs, journalistes, graphistes… Tous ces indépendants qui vivent bon an mal an de leur production, personnelle ou de commande, jonglant souvent entre les deux, entre plusieurs métiers, et à qui l’on propose de plus en plus souvent de travailler gratuitement ou presque, pour son book, pour son CV, pour la visibilité. Des travaux qui n’ont pas besoin d’être (correctement) payés puisqu’ils sont intéressants / permettent d’avoir de l’expérience / de se faire un réseau / de se faire connaître… Oui mais l’expérience ne remplit pas mon frigo. Ceux qui, avec leurs petites mains, créent, conçoivent, recherchent, écrivent, dessinent, fabriquent, ceux qui fournissent le contenu et la matière première, ce sont eux que l’on a choisi comme variable d’ajustement, comme matière compressible. Oui, mais à trop compresser, on finit par assécher, les amis.

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